Le coin des parents

Vous trouverez ici des informations utiles portant sur les thèmes abordés dans nos livres. On peut être grand et aimer la doudouceur!

Les compliments : trop, c’est comme pas assez!

Article complémentaire à l’album Bravo, Dafné!

On le sait, l’estime de soi et son développement sont devenus des thèmes incontournables en éducation parentale au cours des dernières décennies. Un grand nombre d’études, de livres et d’articles en ont traité et continuent de le faire. Et pour cause, puisque l’estime de soi est une base fondamentale à l’épanouissement personnel et au sentiment de satisfaction quant à sa vie. En tant que parent, on ne peut qu’être sensible à cela, notre but premier étant que nos enfants deviennent un jour des adultes heureux et conscients d’avoir une place bien à eux dans la société. Mais si, jusque dans les années 1960, on tenait peu compte de ces questions dans l’éducation des enfants en Occident, certains pensent aujourd’hui que l’on a par la suite versé dans l’excès contraire et que, dans nos efforts de favoriser l’estime de soi, on a plutôt contribué à la création d’ego surdimensionnés. Existerait-il un revers de la médaille à l’estime de soi? Est-ce que, à vouloir bien faire, on n’en ferait pas trop? Quelle est la nuance entre un compliment approprié et un compliment exagéré?

Andrée Thauvette Poupart, T.S., psychothérapeute

Diane Primeau, auteure

Retour sur l’estime de soi

L’estime de soi ne dépend pas que des réussites obtenues, ou des encouragements et des compliments reçus dans l’enfance. Elle prend d’abord sa source dans la relation qu’un enfant tisse avec les personnes qui comptent le plus à ses yeux, c’est-à-dire dans ses liens d’attachement. Plus les personnes sont importantes pour l’enfant, plus leurs propos ont d’incidence sur sa perception de lui-même. Bref, la qualité de la relation et des échanges parents-enfants est fondamentale à l’estime de soi. Et une surenchère de compliments lancés au passage ne remplace pas la présence et l’appui sincères des proches.

Il ne suffit donc pas qu’un enfant vive des réussites pour qu’il arrive à se bâtir une estime de soi, il a besoin du regard de personnes chères pour y parvenir. Il doit sentir le soutien d’adultes capables de souligner ses bons coups, de sorte qu’ils s’inscrivent dans sa mémoire affective, car ce n’est pas tant le succès qui compte que le fait qu’un témoin influent soit là pour le valoriser. La mémoire enregistre et accumule ces paroles positives, et l’enfant se bâtit peu à peu un discours intérieur constructif puis acquiert une conscience de sa valeur en tant qu’être humain.

L’estime de soi implique aussi une bonne connaissance de soi, c’est-à-dire la capacité de reconnaître ses habiletés, mais aussi ses limites. Peut-on s’attendre à ce qu’un jeune enfant ait une bonne connaissance de lui-même? Bien évidemment, non. C’est le travail de toute une vie (et encore…). C’est pourquoi au fur et à mesure que l’enfant grandit il est important de l’aider à reconnaître ses forces, ses faiblesses et à faire face aux difficultés de manière réaliste. Sa connaissance de soi se développant grâce à ses interactions avec les autres et au fil de ses expériences, petit à petit l’enfant prend conscience de ses capacités physiques, intellectuelles et sociales. À son rythme à lui, il réalise aussi en quoi il est différent des autres et un sentiment d’identité prend graduellement forme.

Complimenter sans exagérer

Nous sommes gagas de nos enfants, et c’est vrai qu’à nos yeux ils sont les plus beaux, les plus gentils, les plus extraordinaires… bref, les meilleurs! Malheureusement, selon les résultats de différentes études, ce n’est pas une bonne idée de le leur dire. En tout cas, pas dans ces mots-là!

Une récente étude menée aux Pays-Bas conclut que, lorsque l’on dit à un enfant peu sûr de lui qu’il est extraordinaire ou spécial, cela contribue davantage à établir un narcissisme surdimensionné qu’une bonne estime de soi. « Les enfants croient leurs parents quand ils leur disent qu'ils sont plus spéciaux que les autres », explique le coauteur Brad Bushman, professeur de communication et de psychologie à l'université de l’Ohio. « Cela pourrait n'être bon ni pour eux ni pour la société, car les narcissiques pensent qu'ils sont meilleurs que les autres[…]. Au lieu d’améliorer leur estime de soi, la tendance à exagérer la réussite des enfants ne fait qu’accroître leur narcissisme […]. Des encouragements ou des comportements chaleureux de la part des parents constituent une meilleure stratégie que celle de faire gonfler l'ego des enfants. » La nuance est importante parce que les gens qui ont une bonne estime d'eux-mêmes croient qu'ils sont aussi bons que les autres. Les narcissiques, quant à eux, pensent qu'ils sont meilleurs que les autres et qu’ils méritent mieux, alors qu’au fond d’eux-mêmes ils peuvent se sentir fragiles et pas à la hauteur.

Vous avez envie de mieux comprendre les enjeux liés à cette étude? Nous vous suggérons la lecture de cette entrevue que le pédopsychiatre Gilles-Marie Valet a accordée au magazine Madame Figaro.

Par ailleurs, selon Andrei Cimpian, coauteur d’une autre étude et professeur de psychologie de l’université de l’Illinois, dire à un enfant qu’il fait partie des meilleurs ne favorise pas sa réussite d’une activité ou d’une tâche, mais peut au contraire contribuer à le démotiver. « Ce que l’enfant entendra peut le décourager, même si cela paraît positif », explique l’auteur. D’après les scientifiques qui ont mené l’étude, généralement, les enfants qui se font dire qu’ils sont bons dans un domaine ne fournissent pas les efforts requis pour réussir, préférant se fier à leur talent. Le professeur Cimpian soutient qu’il est plus judicieux de dire « tu as travaillé fort, regarde le beau résultat » que « tu es un grand artiste ». De cette manière, l’enfant comprend qu’il peut parfois lui arriver de commettre des erreurs ou de faire face à un échec.

En conclusion

On a beau dire que chaque cas est unique et qu’on doit prendre les études avec un grain de sel, on peut conclure sans trop risquer de se tromper que de faire des compliments excessifs à un enfant ne compense pas une estime de soi défaillante. On en revient donc à l’importance pour l’enfant d’avoir des relations et des liens affectifs de qualité. La bonne nouvelle pour les parents? Une nouvelle étude indique que ce n’est pas tant le nombre d’heures qui comptent que la qualité du temps passé ensemble, et que malgré nos perceptions ou croyances modernes, on consacre davantage de temps à nos enfants qu’à l’époque où les mères restaient à la maison. Mais ça, c’est un autre sujet.

Autres liens

L’estime de soi chez l’enfant

Naître et grandir

On aime beaucoup l’approche « Réconforter, jouer et enseigner » de Naître et grandir. Voir les tableaux au bas de ces articles qui la résument bien :

Développement de la motricité fine

Développement intellectuel

Les Éditions du CHU Sainte-Jutine offrent aussi une variété d’ouvrages sur le thème de l’estime de soi qu’on peut trouver ici.